Les arts martiaux

En lisant toute cette histoire de pratiques spirituelles qui empêchent le bon apprentissage de la percussion, on dirait que le taiko n'est pas du tout spirituel. Mais nooooon, ce n'est pas vrai ! Au contraire, nous savons que le son du taiko ramène notre mémoire cellulaire au battement du cœur de notre maman lorsque on était dans son ventre. Une expérience "oubliée" donc, une reconnexion avec l'infini duquel on est arrivé(e)s en naissant. Ce que je crois avoir compris, c'est que les pratiques spirituelles en vogue en France à notre époque, pour faire trouver le "soi", passent par le lâcher-prise. Du genre "Laisse-toi aller, oublie les pressions sociales, tu es fantastique comme tu es, tu n'as pas besoin de prouver quoi que ce soit, détends-toi, etc.". Forcément, à force de répéter régulièrement cette cérémonie cérébrale, on finit par intégrer l'idée que l'effort n'est pas utile, et peut-être même l'idée qu'il est toujours nuisible. Par conséquent, on arrive en salle et on est incapables de retenir un rythme ou reproduire une chorégraphie. On trouve rébarbatives les explications de théorie musicale, on se distrait facilement, etc. Imagine une pièce avec des meubles et des objets. Tu te sers des objets (que sais-je, une tasse pour te verser du thé, un cahier pour noter des courses) de façon normale, efficace. Mais si tu as sur le dos, tout le temps, un sac à dos de 25kg, ton cerveau te fait verser le café ou écrire tes notes avec moins d'attention, peut-être moins de précision. Pourquoi? Pour économiser tes énergies. Parce que le poids te prend déjà des forces, et tu n'en as pas assez pour tout.



Un jour, tu as une idée : le sac à dos, tu peux le poser par terre. Tu reprendras son contenu que lorsque tu en auras besoin. La pièce c'est notre journée, les actions sont nos activités quotidiennes, le sac à dos est la charge mentale. Or, ce que je pense, c'est que cette charge mentale peut être composée de factures, consultations médicales, administration de la maison, travail, rapport avec les autres, rendez-vous, paperasse… mais le parcours spirituel entamé peut en faire partie aussi. Comme si, en cherchant le vrai "moi", on avait commencé à construire un personnage, et cette construction prend du temps, des énergies ; devient presque un travail à plein temps. Notre cerveau perçoit notre activité "new age" comme un sac à dos, et il décide d'économiser ses énergies, en nous empêchant d'apprendre le taiko. Pourtant, le taiko est une excellente voie de "redescente dans la matière". Par l'ancrage, la redéfinition de soi, la conscience intuitive et le "ici et maintenant", il est à mon avis possible de récupérer ses capacités psychomotrices et la détermination à intégrer de nouveaux mouvements. Il est possible de surmonter les blocages. Il suffirait peut-être de changer son point de vue. Le lâcher-prise-à-tout-prix n'est pas la seule façon possible de forger son esprit. Il y a une autre mentalité, très puissante, pour sortir le meilleur de soi et le soi le plus authentique : celle des arts martiaux.

Le taiko n'est pas qu'un instrument de musique, il est tout aussi bien un art martial. Il y a un combat, mais pas contre un ennemi. C'est un combat contre les blocages, les peurs, le soi que l'on veut améliorer, enrichir. Il y a un côté qui peut paraître agressif, mais ce n'est que de la libération d'énergie. Il y a une croissance personnelle du point de vue spirituel, émotionnel, physique, social. Concernant le corps, les bienfaits sont : Endurance cardio-respiratoire Renforcement musculaire Gain en souplesse Reflexes et agilité Dans les arts martiaux, l'approche est sur différentes dimensions. Physique Mentale De guérison Morale/Esthétique

D'abord, il s’agit de développer un savoir-faire : un ensemble de techniques visant à pouvoir combattre un adversaire à main nu ou armée; la dimension physique entre en jeu.

Dans le taiko, on prépare également le corps à l'activité physique (stretching, abdos, pompes, gainage, exercices de coordination psychomotrice), mais pour une exécution musicale qui recherche la perfection du geste, dans le but de recréer l'harmonie universelle.

Ensuite, les arts martiaux transmettent au pratiquant un savoir-vivre consistant en l’abstinence, au respect et au développement mental et intellectuel.

Dans le taiko, l'abstinence est un choix personnel, mais le respect et l'écoute sont incontournables, et sont une conséquence naturelle de la pratique, tout comme le développement mental.

Enfin, la plupart des arts martiaux visent à donner une bonne énergie vitale et possèdent des propriétés curatives.

Le taiko est guérisseur aussi, par les vibrations des tambours, par l'activité physique et par le parcours d'auto-transformation.

Dans les arts martiaux on recherche la maîtrise de soi afin d’éviter un affrontement et à être prêt pour affronter efficacement un adversaire.

Dans le taiko, la maîtrise de soi sert à créer un lien puissant avec l'instrument et à offrir au public une énergie spéciale, une bombe émotionnelle qui nous est renvoyée et qui se multiplie.

La conclusion du raisonnement que tu as suivi jusque-là, à travers les 6 ou 7 derniers articles, est la suivante : le côté spirituel du taiko peut tout à fait être la motivation principale pour commencer cette pratique. Mais c'est un parcours spirituel beaucoup plus proche des arts martiaux (discipline, silence, respect, force, capacité d'observation) que des pratiques chamaniques (aucun effort, aucune compétence, aucun travail à la maison, juste la joie et l'envie de célébrer la vie). Il peut donc nous guérir mais il est aussi un ART. Et le travail de l'artiste est long, dur et demande de la vraie passion.